Ce deuxième point est extrêmement délicat, car il est toujours tentant d’ajouter quelque chose au jeu

Un décor représentant un paysage ne sera pas en contradiction avec la vérité parce qu’il laissera de côté un nombre plus ou moins grand de détails particuliers faciles à constater dans tel ou tel paysage réel. La mise en scène se trouve donc détruite _ipso facto_. Il suffit souvent d’une négligence de détail, telle par exemple que le mouvement intempestif d’un figurant au milieu d’une scène pathétique, pour détourner le cours de l’influx nerveux, que l’esprit emploie immédiatement à des coordinations tout à fait étrangères à l’oeuvre représentée sous nos yeux, ou pour que cette force nerveuse se dissipe brusquement en se jetant sur les muscles du rire. Transportons-nous dans le salon de Célimène au deuxième acte du _Misanthrope_. Ici, il faut que les regards du spectateur se reposent avec plaisir, comme ceux de Fritz, sur les moindres détails de l’ameublement, sur le service de table et sur le linge que la gouvernante étale avec orgueil et complaisance. D’un côté, c’est manquer à ce que l’on doit au génie d’un poète que de laisser altérer si peu que ce soit la physionomie de son oeuvre; d’un autre, sacrifier à l’effet représentatif, c’est augmenter l’attrait et la séduction que peut exercer une pièce et attirer à la connaissance et à l’estime des belles oeuvres un public de plus en plus nombreux.

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